Avant la pensée, le sentiment
Notre culture a longtemps tenu la formule de Descartes pour une révolution et une évidence : « je pense, donc je suis ». La raison d'un côté, le corps et ses émotions de l'autre, soupçonnés de troubler le jugement. Les contre-arguments, de nos jours, sont beaucoup trop nombreux pour être cités ici. Restons avec Damasio : dans L'Erreur de Descartes (1994), il montre, à partir de patients dont une lésion cérébrale a éteint les émotions, que ces personnes, à l'intelligence intacte, prennent des décisions désastreuses. Privée d'émotion, la raison se perd dans des calculs sans fin et ne sait plus trancher.
L'émotion, loin de gêner la pensée, l'oriente. Et l'émotion vient du corps : un sentiment, pour Damasio, est d'abord la perception d'un état corporel, une sensation. Avant de penser le monde, nous le sentons, puis, presque aussitôt, nous le ressentons. De cette première sensation, nous faisons un travail de synthèse qui nous appartient, et c'est lui, le sentiment. Ce ressenti donne alors aux choses leur poids, bientôt leur place dans notre monde.
Suivant cette lecture, la conscience humaine est un phénomène de chair.

